02.07.2010

Pression populaire

"Le public a donc chez les peuples démocratiques une puissance singulière dont les nations aristocratiques ne pouvaient pas même concevoir l’idée. Il ne persuade pas ses croyances, il les impose, et les fait pénétrer dans les âmes, par une sorte de pression immense de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun. » Tocqueville, De La Démocratie en Amérique.

08.05.2010

Cesare Pavese

Poème retrouvé sur la table de chevet de Cesare Pavese (9 septembre 1908 – 26 août 1950) après son suicide.

 

La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.

21.03.2010

Merveilleux adulte

La méditation est peut-être cet instant, éphémère mais promettant la possibilité de son retour, où la monotonie courbe l'échine devant la poursuite encore possible d'un autre lieu, d'une utopie. L'intimité de la conscience serait le merveilleux de l'âge adulte, pour qui la nourrit.

05.03.2010

Narcissisme

Narcisse s'est joué de moi : il m'a fait aimé le miroir et haïr le reflet.

FV

16.02.2010

Sur moi

"Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres. " Les Frères Karamazov, Dostoïevski

29.01.2010

Lutte contre le déclin

"Tout a toujours très mal marché"

Jacques Bainville, académicien français début XXe.

Absurde et étrangeté

« L’absurde naît d’une déception, d’un décalage entre le silence du monde et le désarroi d’un homme qui n’a pas encore renoncé à en être le centre ; l’étrangeté, à l’inverse, naît d’une attention renouvelée par l’oubli de soi et le sentiment paradoxal de se mêler au monde inhumain qui nous concerne sans nous regarder. »

Raphaël Enthoven, Philosophie magazine, septembre 2009

14.11.2009

A quoi bon?

"Le suicide est un échec inadmissible. Or nous devons réussir." Le journal en miettes. Ionesco

Refuge

" Si je me cache, si je fuis les gens, ce n'est pas pour vivre en paix, c'est pour m'anéantir en paix." Le journal de Kafka. 28 juillet 1914

29.06.2009

Espérance de glaire

Parfois les valeurs que l'on conspue sont celles à la hauteur desquelles on ne parvient pas à se hisser.

Autrement dit, on crache d'autant mieux sur nos espérances.

12.06.2009

Caractères

Traits de caractères du début XXIè :
PERMISSIVITE
PSYCHOLOGISME
HEDONISME.

26.05.2009

Signalisation

On peut tout justifier par le bon sens... il est giratoire.

Générosité

La générosité consisterait à n'offrir que ce que le débiteur ne se sentirait pas contraint de rendre.

Choix

Choisir étant renoncer, je préfère renoncer à choisir.

Prétention

C’est une prétention que de considérer ses connaissances comme des évidences. Il faut pour cela ne pas avoir assez contemplé l’immensité du Savoir.

Oisiveté

 

 

Ce n’est pas parce que l’oisiveté est mère de tous les vices qu’elle ne peut l’être de quelques vertus, peut-être même parmi les plus importantes.

28.03.2009

Con pris à terre

"Mais à présent, dans le cirque, la trapéziste me fait de l’œil et je ne peux plus que la contempler, dans ses airs majestueux. Moi, celui qui court, qui ne peut arrêter de courir, je dois désormais le faire les yeux au ciel. Alors inévitablement, je tomberai. Et c’est une fois à terre, le souffle court, que les gens me comprendront. Ils sauront enfin à qui ils ont affaire. Le trublion sans visage prendra les traits d’un personnage identifiable. Ça me vaudra des amitiés." FV

Naïveté

"Il avait accordé à chaque éventualité la place d’une promesse." FV

Intégration

"Dans les artères citadines de ce monstre puant,

dans le gouffre et l’apesanteur,

son corps avait déversé sa bile noire,

de concert avec les nouveaux hommes.

Un torrent lourd en était né

et l’avait alors emporté jusqu’au fleuve majeur.

Il avait bu." FV

Altérité

"Une perspective de plus sous laquelle s’envisager et se perdre, voilà ce que X hait dans l’altérité." FV

De l’antiterrorisme à la guerre par Baudrillard



De l’antiterrorisme à la guerre
La violence de la mondialisation

Y a-t-il une fatalité de la mondialisation ? Toutes les cultures autres que la nôtre échappaient de quelque façon à la fatalité de l’échange indifférent. Où est le seuil critique de passage à l’universel, puis au mondial ? Quel est ce vertige qui pousse le monde à l’abstraction de l’Idée, et cet autre vertige qui pousse à la réalisation inconditionnelle de l’Idée ?

Car l’universel était une Idée. Lorsqu’elle se réalise dans le mondial, elle se suicide comme Idée, comme fin idéale. L’humain devenu seule instance de référence, l’humanité immanente à elle-même ayant occupé la place vide du Dieu mort, l’humain règne seul désormais, mais il n’a plus de raison finale. N’ayant plus d’ennemi, il le génère de l’intérieur, et sécrète toutes sortes de métastases inhumaines.

De là cette violence du mondial - violence d’un système qui traque toute forme de négativité, de singularité, y compris cette forme ultime de singularité qu’est la mort elle-même - violence d’une société où nous sommes virtuellement interdits de conflit, interdits de mort - violence qui met fin en quelque sorte à la violence elle-même, et qui travaille à mettre en place un monde affranchi de tout ordre naturel, que ce soit celui du corps, du sexe, de la naissance ou de la mort. Plus que de violence, il faudrait parler de virulence. Cette violence est virale : elle opère par contagion, par réaction en chaîne, et elle détruit peu à peu toutes nos immunités et notre capacité de résistance.

Cependant, les jeux ne sont pas faits, et la mondialisation n’a pas gagné d’avance. Face à cette puissance homogénéisante et dissolvante, on voit se lever partout des forces hétérogènes - pas seulement différentes, mais antagonistes. Derrière les résistances de plus en plus vives à la mondialisation, résistances sociales et politiques, il faut voir plus qu’un refus archaïque : une sorte de révisionnisme déchirant quant aux acquis de la modernité et du « progrès », de rejet non seulement de la technostructure mondiale, mais de la structure mentale d’équivalence de toutes les cultures. Cette résurgence peut prendre des aspects violents, anomaliques, irrationnels au regard de notre pensée éclairée - des formes collectives ethniques, religieuses, linguistiques -, mais aussi des formes individuelles caractérielles ou névrotiques. Ce serait une erreur que de condamner ces sursauts comme populistes, archaïques, voire terroristes. Tout ce qui fait événement aujourd’hui le fait contre cette universalité abstraite - y compris l’antagonisme de l’islam aux valeurs occidentales (c’est parce qu’il en est la contestation la plus véhémente qu’il est aujourd’hui l’ennemi numéro un).

Qui peut faire échec au système mondial ? Certainement pas le mouvement de l’antimondialisation, qui n’a pour objectif que de freiner la dérégulation. L’impact politique peut être considérable, l’impact symbolique est nul. Cette violence-là est encore une sorte de péripétie interne que le système peut surmonter tout en restant maître du jeu.

Ce qui peut faire échec au système, ce ne sont pas des alternatives positives, ce sont des singularités. Or, celles-ci ne sont ni positives ni négatives. Elles ne sont pas une alternative, elles sont d’un autre ordre. Elles n’obéissent plus à un jugement de valeur ni à un principe de réalité politique. Elles peuvent donc être le meilleur ou le pire. On ne peut donc les fédérer dans une action historique d’ensemble. Elles font échec à toute pensée unique et dominante, mais elles ne sont pas une contre-pensée unique - elles inventent leur jeu et leurs propres règles du jeu.

Les singularités ne sont pas forcément violentes, et il en est de subtiles, comme celle des langues, de l’art, du corps ou de la culture. Mais il en est de violentes - et le terrorisme en est une. Elle est celle qui venge toutes les cultures singulières qui ont payé de leur disparition l’instauration de cette seule puissance mondiale.

Il ne s’agit donc pas d’un « choc de civilisations », mais d’un affrontement, presque anthropologique, entre une culture universelle indifférenciée et tout ce qui, dans quelque domaine que ce soit, garde quelque chose d’une altérité irréductible.

Pour la puissance mondiale, tout aussi intégriste que l’orthodoxie religieuse, toutes les formes différentes et singulières sont des hérésies. A ce titre, elles sont vouées soit à rentrer de gré ou de force dans l’ordre mondial, soit à disparaître. La mission de l’Occident (ou plutôt de l’ex-Occident, puisqu’il n’a plus depuis longtemps de valeurs propres) est de soumettre par tous les moyens les multiples cultures à la loi féroce de l’équivalence. Une culture qui a perdu ses valeurs ne peut que se venger sur celles des autres. Même les guerres - ainsi celle d’Afghanistan - visent d’abord, au-delà des stratégies politiques ou économiques, à normaliser la sauvagerie, à frapper d’alignement tous les territoires. L’objectif est de réduire toute zone réfractaire, de coloniser et de domestiquer tous les espaces sauvages, que ce soit dans l’espace géographique ou dans l’univers mental.

La mise en place du système mondial est le résultat d’une jalousie féroce : celle d’une culture indifférente et de basse définition envers les cultures de haute définition - celle des systèmes désenchantés, désintensifiés, envers les cultures de haute intensité -, celle des sociétés désacralisées envers les cultures ou les formes sacrificielles.

Pour un tel système, toute forme réfractaire est virtuellement terroriste (1). Ainsi encore l’Afghanistan. Que, sur un territoire, toutes les licences et libertés « démocratiques » - la musique, la télévision ou même le visage des femmes - puissent être interdites, qu’un pays puisse prendre le contrepied total de ce que nous appelons civilisation - quel que soit le principe religieux qui soit invoqué, cela est insupportable au reste du monde « libre ». Il n’est pas question que la modernité puisse être reniée dans sa prétention universelle. Qu’elle n’apparaisse pas comme l’évidence du Bien et l’idéal naturel de l’espèce, que soit mise en doute l’universalité de nos mœurs et de nos valeurs, fût-ce pour certains esprits immédiatement caractérisés comme fanatiques, cela est criminel au regard de la pensée unique et de l’horizon consensuel de l’Occident.

Cet affrontement ne peut être compris qu’à la lumière de l’obligation symbolique. Pour comprendre la haine du reste du monde envers l’Occident, il faut renverser toutes les perspectives. Ce n’est pas la haine de ceux à qui on a tout pris et auxquels on n’a rien rendu, c’est celle de ceux à qui on a tout donné sans qu’ils puissent le rendre. Ce n’est donc pas la haine de la dépossession et de l’exploitation, c’est celle de l’humiliation. Et c’est à celle-ci que répond le terrorisme du 11 septembre : humiliation contre humiliation.

Le pire pour la puissance mondiale n’est pas d’être agressée ou détruite, c’est d’être humiliée. Et elle a été humiliée par le 11 septembre, parce que les terroristes lui ont infligé là quelque chose qu’elle ne peut pas rendre. Toutes les représailles ne sont qu’un appareil de rétorsion physique, alors qu’elle a été défaite symboliquement. La guerre répond à l’agression, mais pas au défi. Le défi ne peut être relevé qu’en humiliant l’autre en retour (mais certainement pas en l’écrasant sous les bombes ni en l’enfermant comme un chien à Guantánamo).

La base de toute domination, c’est l’absence de contrepartie - toujours selon la règle fondamentale. Le don unilatéral est un acte de pouvoir. Et l’empire du Bien, la violence du Bien, c’est justement de donner sans contrepartie possible. C’est occuper la position de Dieu. Ou du Maître, qui laisse la vie sauve à l’esclave, en échange de son travail (mais le travail n’est pas une contrepartie symbolique, la seule réponse est donc finalement la révolte et la mort). Encore Dieu laissait-il place au sacrifice. Dans l’ordre traditionnel, il y a toujours la possibilité de rendre, à Dieu, à la nature, ou à quelque instance que ce soit, sous la forme du sacrifice. C’est ce qui assure l’équilibre symbolique des êtres et des choses. Aujourd’hui, nous n’avons plus personne à qui rendre, à qui restituer la dette symbolique - et c’est cela la malédiction de notre culture. Ce n’est pas que le don y soit impossible, c’est que le contre-don y soit impossible, puisque toutes les voies sacrificielles ont été neutralisées et désamorcées (il ne reste plus qu’une parodie de sacrifice, visible dans toutes les formes actuelles de la victimalité).

Nous sommes ainsi dans la situation implacable de recevoir, toujours recevoir, non plus de Dieu ou de la nature, mais de par un dispositif technique d’échange généralisé et de gratification générale. Tout nous est virtuellement donné, et nous avons droit à tout, de gré ou de force. Nous sommes dans la situation d’esclaves à qui on a laissé la vie, et qui sont liés par une dette insoluble. Tout cela peut fonctionner longtemps grâce à l’inscription dans l’échange et dans l’ordre économique, mais, à un moment donné, la règle fondamentale l’emporte, et à ce transfert positif répond inévitablement un contre-transfert négatif, une abréaction violente à cette vie captive, à cette existence protégée, à cette saturation de l’existence. Cette réversion prend la forme soit d’une violence ouverte (le terrorisme en fait partie), soit du déni impuissant, caractéristique de notre modernité, de la haine de soi et du remords, toutes passions négatives qui sont la forme dégradée du contre-don impossible.

Ce que nous détestons en nous, l’obscur objet de notre ressentiment, c’est cet excès de réalité, cet excès de puissance et de confort, cette disponibilité universelle, cet accomplissement définitif - le destin que réserve au fond le Grand Inquisiteur aux masses domestiquées chez Dostoïevski. Or, c’est exactement ce que réprouvent les terroristes dans notre culture - d’où l’écho que trouve le terrorisme et la fascination qu’il exerce.

Tout autant que sur le désespoir des humiliés et des offensés, le terrorisme repose ainsi sur le désespoir invisible des privilégiés de la mondialisation, sur notre propre soumission à une technologie intégrale, à une réalité virtuelle écrasante, à une emprise des réseaux et des programmes qui dessine peut-être le profil involutif de l’espèce entière, de l’espèce humaine devenue « mondiale » (la suprématie de l’espèce humaine sur le reste de la planète n’est-elle pas à l’image de celle de l’Occident sur le reste du monde ?). Et ce désespoir invisible - le nôtre - est sans appel, puisqu’il procède de la réalisation de tous les désirs.

Si le terrorisme procède ainsi de cet excès de réalité et de son échange impossible, de cette profusion sans contrepartie et de cette résolution forcée des conflits, alors l’illusion de l’extirper comme un mal objectif est totale, puisque, tel qu’il est, dans son absurdité et son non-sens, il est le verdict et la condamnation que cette société porte sur elle-même.
Jean Baudrillard.

(1) On peut même avancer que les catastrophes naturelles sont une forme de terrorisme. Les accidents techniques majeurs, tel celui de Tchernobyl, tiennent eux aussi à la fois de l’acte terroriste et de la catastrophe naturelle. L’empoisonnement au gaz toxique de Bhopal aux Indes - accident technique - aurait pu être un acte terroriste. N’importe quel krach aérien accidentel peut être revendiqué par un groupe terroriste. La caractéristique des événements irrationnels est de pouvoir être imputés à n’importe qui ou à n’importe quoi. A la limite, tout pour l’imagination peut être d’origine criminelle, même une vague de froid ou un tremblement de terre - ce n’est pas nouveau d’ailleurs : lors de celui de Tokyo en 1923, on vit massacrer des milliers de Coréens tenus pour responsables du séisme. Dans un système aussi intégré que le nôtre, tout a le même effet de déstabilisation. Tout concourt à la défaillance d’un système qui se voudrait infaillible. Et, au regard de ce que nous subissons déjà dans le cadre de son emprise rationnelle et programmatique, on peut se demander si la pire catastrophe ne serait pas l’infaillibilité du système lui-même.


Jean Baudrillard
Philosophe, auteur, entre autres, de La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (1991), Le Crime parfait (1994) et L’Esprit du terrorisme (2002), tous parus chez Galilée.

Ce texte est tiré de son essai, Power Inferno (Galilée, Paris, 96 pages, 12 €), disponible en librairie le 13 novembre.© Editions Galilée pour le monde entier.

07.02.2009

La modernité

Une tentative de définition de la modernité, approche succincte mais se voulant structurante, pour entamer la réflexion sur la culture contemporaine.

La modernité peut être considérée comme l’ère descendant du projet cartésien de "se rendre comme maître et possesseur de la nature"(Discours de la méthode). Autrement dit, son principe le plus fondamental tient est cette foi en la raison logique comme principe émancipateur de l’humanité.
Les conséquences de cette orientation prise dès le dix-septième siècle furent nombreuses et ne cessèrent jusqu’au milieu du vingtième, de relancer, de refonder le projet moderne. La Révolution française figures parmi les plus importantes de ces étapes. Elle fut en effet le lieu de rupture d’avec une société dont l’ordonnancement répondait à une logique verticale et hétéronome à travers la référence divine. Or cette rupture trouve philosophiquement appui dans la thèse rousseauiste du contrat qui dérive très directement de ce projet d’un contrôle rationnel de toutes choses.
Mais c’est au dix-neuvième siècle que la modernité émerge avec le plus de force dans de grandes théories rationalistes dont le positivisme est la vitrine paroxystique.
Au vingtième siècle en revanche, les grands massacres auxquels participât la raison, notamment dans leur organisation atrocement industrielle concernant la solution finale nazie, ou dans les effets pandoréens de la découverte de la fission de l’atome concernant Hiroshima et Nagasaki, détruisirent radicalement cet espoir en un progrès continu de l’humanité par l’utilisation et l’épanouissement de ses facultés rationnelles.
Dès lors que reste-t-il ? La postmodernité est-elle le dépassement dialectique, la négation de la modernité ? Ou bien en est-elle un prolongement ?
Faut-il déconstruire tous les concepts modernes et alors s’exposer au risque d’un nihilisme de « dernier homme » (dans lequel, au passage, nous baignons déjà joyeusement) ?
Faut-il retourner à une forme de fondamentalisme très structurant, pour le moins, mais dans lequel l’individu perdrait son autonomie et l’humanité, son unité au moins idéale ?
Quelles sont les réponses que livre le concept de postmodernité ?

Techno-aliénation

"Nous sommes tous placés sous le joug de l'esprit de simplification médiatique. C'est lui qui décide, c'est lui qui tranche et ça veut dire qu'on est foutus." Finkielkraut.

Hiérarchie et individualité

"La dynamique des sociétés démocratiques" dans "L'individu", par Alain Renaut.

Renaut se réfère à l’analyse toquevillienne qui comprend deux axes :
Elle « conduit à montrer comment la dynamique de la démocratisation se peut identifier de part en part à une affirmation de l’individu comme principe et comme valeur. »
Or, « L’individualisme se traduit avant tout d’abord par une révolte des individus contre la hiérarchie au nom de l’égalité. » (p18) qui trouve son expression symbolique dans la Déclaration des droits de l’Homme.
A noter que les mouvements socialistes creuseront paradoxalement cette revendication anti-hiérarchique caractéristique de l’individualisme moderne en s’insurgeant contre des inégalités qui ne sont plus des privilèges de nature comme sous l’Ancien Régime, mais des inégalités socio-économiques.

« Elle consiste pour les individus à dénoncer les traditions au nom […] d’une certaine conception de la liberté »
« Les sociétés traditionnelles, qu’il s’agisse des sociétés primitives ou de la société médiévale, sont caractérisées par l’hétéronomie. Comprendre que, dans ces sociétés, la tradition s’impose à l’individu sans qu’il l’ait ni choisie ni par conséquent fondée sur sa propre volonté […] Par opposition, la dynamique moderne de la démocratie va au contraire être celle de l’érosion progressive de ces contenus traditionnels, minés peu à peu par cette idée d’auto-institution qu’avait mise en scène avec une vigueur toute particulière la Révolution… »
« Il faut ajouter encore que c’est précisément cette seconde composante de l’individualisme qui donne aux sociétés modernes un de leurs traits les plus spécifiques, consistant dans la dissolution continuelle des repères issus du passé et « transmis » de génération en génération ; ces repères, dont la transmission constitue la tradition, se trouvent par définition comme sans cesse érodés, en raison directe du projet qui anime l’individu moderne de s’approprier les normes et non plus de les recevoir. Dissolution continuelle des repères hérités qui signifie tout autant : permanente révolution de ces repères. » p21

Au-delà de l’orientation affichée du discours de Renaut qui, en bon kantien, favorise clairement l’option d’une loi fondée dans l’autonomie ; il semble que l’on soit ici en présence d’une problématique tout à fait brûlante concernant la compréhension de notre époque.
En effet, le jeunisme ambiant favorise une culture du rejet immédiat et irréfléchi de toute tradition, de toute loi héritée mais ne se trouve pas pour autant, loin s’en faut, dans la capacité de fonder sa propre loi selon la raison. Le projet moderne ne serait-il alors viable que pour une certaine part de la population ? Réinstaurerait-il ainsi paradoxalement une forme de hiérarchie ?
Un des problèmes de notre époque serait-il alors précisément de découvrir comment concilier les prétentions de l’individu à devenir lui-même par lui-même tout en se réappropriant un certain héritage, une certaine histoire, une certaine culture ?

Culture et individualisme

Un individu prétendant ne se fonder qu’en lui-même et par lui-même occulte la réalité de son inscription dans une histoire.
Pour autant, la prise de conscience de cette histoire ne peut nier purement et simplement les revendications libertaires de l’individu moderne.
Comment alors articuler une inscription historique qui prémunirait contre une liberté conçue comme droit de faire n’importe quoi (dénuée en cela de tout le contenu conceptuel que les siècles ont élaboré à son propos pour en faire un slogan de supermarché), avec une exigence d’émancipation par rapport à des modèles préformés et sclérosants, tant il est vrai, comme le disait Pascal intervenant dans la querelle des anciens et des modernes, qu’il est : « injuste que de traiter nos anciens avec plus de retenu qu’ils n’ont fait pour ceux qui les ont précédés, et d’avoir pour eux ce respect inviolable qu’ils n’ont mérité de nous que parce qu’ils n’en ont pas eu un pareil pour ceux qui ont eu sur eux le même avantage... ». (Préface sur le traité du vide)
Comment, autrement dit, évoluer bel et bien, ne pas stagner, tout en ne faisant pas porter ses efforts n’importe où, en ne devenant pas ces bêtes hagardes et futiles que nous devenons bel et bien ?

Risque d'atomisation du social

« L’individualisme est d’origine démocratique, et i menace de se développer à mesure que les conditions s’égalisent (…) A mesure que les conditions s’égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d’individus qui, n’étant plus assez riches, ni assez puissants pour exercer une grande influence sur e sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou conservé assez de lumières et de biens pour pouvoir se suffire à eux-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne ; ils s’habituent à se considérer toujours isolément, ils se figurent volontiers que leur destinée est entre leurs mains. Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains… »
De la Démocratie en Amérique, 1840

Si Tocqueville considère que les valeurs héritées et donc en ce sens « traditionnelles », constituaient des principes efficaces de lien social ; il faut souligner qu’il n’en appelle pas pour autant à une quelconque restauration.
Raisonnement de Tocqueville : Ancien Régime univers communautaire l’individu n’y existe que comme membre d’un corps les différents corps forment autant de contre-pouvoirs face à l’Etat central.
La question est donc pour Tocqueville de parvenir à trouver, au sein d’un univers démocratique, des crans d’arrêt à la décomposition du tissu social, et des contre-pouvoirs opposables à l’Etat.
Le système des associations, que Tocqueville admirait dans la démocratie américaine, lui apparaît comme la meilleure solution.

Prolongation à l’époque contemporaine :
L’idée d’héritage, la perspective d’une fidélité à un passé dont on recueille et cultive les valeurs, semblent singulièrement amoindries.
La logique atomisante des sociétés individualistes aboutit à une valorisation croissante des particularismes comme tels, sans plus de justification culturelle que leur simple nature différentielle.

Pour autant, que le recours à l’autorité de la tradition comme source de certitudes, soit rendu impossible, ouvre par la même la possibilité d’un « espace de discussion argumentative ».
S’y posent alors de manière brûlante, les problèmes nombreux de la communication (rhétorique sophistique, problématiques de l’image…) et ceux d’un principe décisionnaire de dernière instance (recours à la justice).

Comme souvent dans les problématiques contemporaines, l’opportunité d’une évolution émancipatrice apparaît, mais la faiblesse humaine y voit celle d’un accroissement des intérêts de courte vue.
La liberté due au mouvement individualiste historique aurait pu être l’occasion d’un formidable développement de l’exigence envers soi, elle est le lieu d’un abandon nauséabond aux tendances les plus infantiles.

20.04.2007

Spinozisme

Si l'homme libre agit d'après sa nature, l'homme indépendant agit d'après sa raison.

23.03.2007

Sommes-nous les derniers hommes?

Sommes-nous_les_derniers_hommes.doc

07.03.2007

Introduction à BERGSON

Fiche_Bergson.doc

Voilà au moins six ans que je pratique les textes et les idées de ce philosophe et sa pensée me passionne toujours autant. 

C'est là un petit résumé sous forme de fiche de révision que je mets à disposition, à l'attention de ceux qui ont envie de prendre quelques instants pour découvrir un génie.

26.02.2007

Une offense nécessaire

"Il y a 337 ans, et malgré de grandes précautions (parution anonyme et fausse édition), Spinoza a été reconnu et couvert d'anathèmes quand il a publié, en 1670, sion Traité théologico-politique : "Mort au juif Spinoza", "ce "satan incarné" à "l'érudition déféquée", qu'il faudrait "couvrir de chaînes" et "fouetter de verges"... Son crime ? Avoir affirmé l'indépendance de la raison et de la foi (c'est-à-dire la nullité spéculative de la foi), et soumis, en conséquence, les textes sacrés à une éxégèse rationnelle, tout en soutenant que "la liberté de philosopher non seulement peut être accordée sans danger pour la piété et la paix de l'Etat, mais même qu'on ne peut la détruire sans détruire en même temps la paix de l'Etat et la piété elle-même."
"Quelque soit le contexte politique, la mauvaise foi, qu'elle s'en prenne à un livre majeur ou à des carricatures médiocres, traverse les siècles et transcendeb les cultes pour lutter contre ses deux antidotes, le rire et la connaissance."
"Comme l'enseigne le traité théologico-politique qui articule une critique de la superstition avec l'éloge de la liberté de penser, la possibilité de dire ce qu'on pense associée au refus de détenir la vérité entre fatalement en conflit avec une parole révélée."
"Défendre la laïcité - c'est-à-dire ménager la liberté de chacun- impose de combattre, par le savoir ou par l'humour, l'expansionnisme connaturel au moindre dogme.
En démocratie, la critique des religions est une offense nécessaire, car leur respect incnditionnel est, par définition, liberticide."
 
Extraits de l'article "La mauvaise foi", in Philosophie mag n°6, Raphaël Enthoven